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A Propos des Protestation, du Partage et de la Justice
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Devant la crise économique qui s’aggrave, la réponse correcte des gouvernements serait de concevoir nos systèmes politique et économique de manière nouvelle de sorte que personne ne meure plus de faim. Mais, cela ne se fera pas sans une montée sans précédent de soutien populaire, déclare Mohammed Mesbahi.


28th décembre 2011 – Publication de STWR

Tous les commentaires des experts à propos de l’effondrement du système financier ne serviront pas à grand-chose s’ils ne contribuent pas  à la compréhension de ce qui se passe vraiment dans le monde aujourd’hui. D’innombrables articles sont écrits sur les diverses manières de remettre l’économie sur pied et de retrouver la croissance, mais ils n’ont de signification qu’à l’intérieur d’un système qui n’a jamais été viable et qui touche aujourd’hui à sa fin. « Le système », comme nous l’appelons, est devenu si compliqué qu’il semble doté d’une vie propre et que personne, pas même les banquiers les plus éminents, ne comprend plus ce qui se passe. Rares sont les économistes qui s’expriment dans des termes compréhensibles pour l’individu ordinaire qui se bat afin de trouver ou garder un emploi, joindre les deux bouts et nourrir sa famille. Le décalage entre l’univers des puissants de la politique lorsqu’ils se retrouvent en petit comité et celui de la vie quotidienne des gens qu’ils sont censés servir est plus flagrant qu’il ne l’a jamais été. Mais, dans le même temps, il se produit en ce moment dans le monde entier un phénomène profondément nouveau qu’il nous faut regarder avec beaucoup plus de simplicité si nous voulons en comprendre la signification.

Les mouvements de protestations qui ont lieu dans presque tous les pays font plaisir à voir, mais il est important de reconnaître que tous ceux d’entre nous qui participent aux manifestations contre « le système » sont eux aussi impliqués dans le désastre causé par les banquiers et les politiciens. Nous faisons tous, sans exception, partie du système. Il nous faut admettre que la société est un prolongement de nous-mêmes, faute de quoi nous risquons d’aboutir à un chaos et à une violence extrêmes si la situation continue d’empirer tandis que les partis politiques de droite comme de gauche s’avèrent incapables de trouver une réponse aux problèmes et aux inégalités sociales sans cesse croissants. Le « système » est constitué de gens ordinaires comme vous et moi, d’hommes et de femmes qui ont une famille et des enfants, c’est pourquoi il est impératif de ne pas l’attaquer, car cela reviendrait à nous attaquer les uns les autres.

Tout au long de l’histoire contemporaine, de nombreux gouvernements ont essayé, avec de bonnes intentions, de changer complètement le système. Ces changements ont toujours été imposés au nom d’une idéologie politique mais nous n’avons plus besoin d’idéologies aujourd’hui. Il n’y avait rien de fondamentalement condamnable dans les principes sous-tendant le capitalisme, le socialisme et le communisme,  seulement les gouvernements, au nom d’une croyance, ont violé ces principes  en se comportant de façon autoritaire, arrogante et violente avec leurs peuples. Aujourd’hui, de plus en plus de gens prennent conscience de la nécessité de se libérer de ces « ismes » politiques qui ont causé  tant de souffrances et de conflits dans le monde. Plus de dix ans après l’an 2000, il semblerait saugrenu de se proclamer communiste, socialiste ou capitaliste, ou de croire que la liberté s’acquiert grâce au port d’un uniforme – en d’autres termes, que l’on peut détruire une idéologie en la remplaçant par une autre.

Au vu des soulèvements et des manifestations qui ont lieu aujourd’hui, on pourrait dire que les gens s’éveillent, au sens littéral du terme. Toute condescendance mise à part, c’est une façon de présenter les choses – d’affirmer que les gens se sont mis à penser par eux-mêmes, qu’ils n’ont plus besoin que d’autres leur disent que penser, qu’ils ne « croient plus en une croyance ». Nos systèmes éducatifs ne nous aident pas à comprendre que les idéologies constituent un déni de la liberté humaine, ils ne nous enseignent pas ce que c’est qu’être libre intérieurement,  mais aujourd’hui, les gens comprennent cela intuitivement par eux-mêmes. D’où les changements si spectaculaires qui s’opèrent de par le monde.

Donnez-vous la peine d’observer le soi-disant printemps arabe : des millions de gens se sont courageusement libérés de dictateurs qui imposaient des croyances et des idéologies à leurs peuples depuis des dizaines d’années, mais maintenant que la révolution a eu lieu, de nombreuses factions rivales tentent d’imposer de nouvelles croyances aux autres. En Egypte, l’armée n’a pas tardé à essayer de reconstruire l’ancien système basé sur le pouvoir et les privilèges, alors même que des centaines de milliers de gens descendaient dans la rue. A Zucotti Park et à St Paul, comme dans tous les mouvements  de manifestation de masse, on trouve aussi de nombreuses factions intellectuelles avec des croyances diverses et variées qui toutes se battent pour attirer l’attention des populations.  Ne tombons pas dans le piège. La démocratie est étroitement liée à la liberté, mais les types de démocratie que nous avons aujourd’hui sont une forme d’organisation sociale de domination imposée.  Nous ne saurons vraiment ce que le mot démocratie veut dire que lorsque nous aurons tous fait l’expérience de la liberté qui vient de l’intérieur, et pas avant. Comme tout protestataire le sait pertinemment, il ne suffit pas de voter pour un politicien une fois de temps en temps, puisqu’aucun politicien ne détient la solution à nos problème sociaux et économiques.

L’exigence de justice

Tout en soutenant le mouvement de contestation, nous devons examiner attentivement ce que signifie notre exigence de justice. De nombreux articles paraissent en ce moment sur  les fortunes accumulées par les plus riches en cette période d’austérité économique, ce qui bien sûr provoque une colère justifiée contre les banquiers et l’avidité débridée qui a été portée aux nues par la société actuelle. Mais quel est le plus grand péché : le bonus du banquier, ou le fait que des milliers de personnes meurent chaque jour de faim dans un monde d’abondance ? L’économie globale est en train de sombrer, ce qui fait se lever la voix des peuples, mais pourquoi n’y a-t-il pas de manifestations sur les places de nos villes alors que des hommes sont en train de mourir de faim ?

C’est parce que nous ne voyons pas la le lien existant entre nos vies respectives qui sont différentes. On ne nous a pas appris à considérer les individus les plus pauvres comme nos frères et nos sœurs, ni à considérer le monde comme un tout. On n’enseigne pas à un enfant comment entrer en contact avec lui-même, avec sa propre nature, on préfère le conditionner, lui inculquer les principes permettant de devenir « quelqu’un » dans une société malade basée sur la compétition et le stress. A l’université, on étudie peut-être l’histoire de la civilisation humaine, la philosophie, la politique, les arts et ainsi de suite, mais on ne nous enseigne pas dans les termes humains les plus simples comment servir les autres. La conséquence, d’un point de vue global et collectif, est que nous ne comprenons pas que l’ humanité est une, que nous dépendons tous les uns des autres, et que nous avons la responsabilité de nous occuper de ceux qui ont moins de chance que nous-mêmes.

Le mouvement qui a explosé à Wall Street et ailleurs aurait pu se produire il y a bien, bien longtemps. Alors pourquoi aujourd’hui, tout d’un coup ? Parce que des millions d’individus dans les pays riches commencent à avoir du mal à joindre les deux bouts. Même quand nous ne pouvons pas rembourser nos crédits immobiliers, si injustes que soient les circonstances, pourquoi ne pensons-nous pas à ceux qui sont plus pauvres que nous ?  Il existe de nombreux niveaux de pauvreté et,  comme nous le savons aux USA et dans les autres pays riches, des multitudes de gens vivent dans une pauvreté relative, mais que dire de la pauvreté de ceux qui n’ont pas de quoi manger et qui ne peuvent nourrir leurs enfants ?  Qui n’ont ni toit, ni argent, ni la couverture médicale la plus élémentaire pour ne pas mourir ? Nous connaissons tous très bien l’expression « crime contre l’humanité », mais pourquoi la communauté internationale ne l’applique-t-elle pas aux milliers de personnes qui meurent de faim chaque jour, ou aux 1,4 milliard d’individus que la Banque mondiale qualifie hâtivement d’extrêmement pauvres ?

Maintenant que le système économique s’effondre, chaque nation doit commencer à se restructurer et nous devons tous participer au processus. Mais il faut que nous comprenions que nous devons d’abord et avant tout en finir avec la faim. On ne peut pas prononcer le mot injustice si l’on ne considère pas en premier lieu le problème de la faim. C’est comme quand on achète une nouvelle maison : il faut d’abord nettoyer le chantier laissé par les locataires précédents.  Ce chantier, c’est le problème de la faim. Nous ne pouvons pas battre la campagne pour réclamer la justice pour nous-mêmes si nos enfants attendent à la maison, abandonnés et affamés. Le monde est dans un état de délabrement avancé et il a besoin d’une remise en état spectaculaire, mais nous devons d’abord nous occuper de nos enfants qui sont les affamés du monde.

Après le 11 septembre, une gigantesque armée a été envoyée en Iraq par voie de terre, de mer et d’air en moins d’un mois.  Quelles que soient les terribles conséquences de cette guerre illégale, imaginez simplement que ces mêmes effectifs et ce même savoir-faire soient redéployés pour donner la vie, et non y mettre fin. Imaginez que toutes les forces militaires soient mobilisées pour éradiquer la faim en urgence absolue – par-delà toutes les questions d’hégémonie, de défense et de profits d’entreprise. Il y a peu, l’Otan a envoyé  des millions de dollars littéralement dans les airs pour empêcher Kadhafi de massacrer son propre peuple. Que nous soyons d’accord ou non sur la nécessité de cette action, il y a une autre question que nous devrions nous poser : pourquoi l’Otan n’envoie-t-elle pas tous ses avions et toutes ses troupes en Afrique pour aider à nourrir les populations ? Il y aurait peut-être eu beaucoup de victimes supplémentaires à Benghazi sans intervention extérieure, mais, dans le même temps, des milliers de personnes sont mortes et continuent de mourir de faim et de dénuement dans d’autres parties du monde. Pourquoi l’Otan n’empêche-elle pas Al-Shabab de détourner l’aide destinée aux Somaliens ? Nous connaissons tous la réponse : parce qu’elle n’y trouve aucun intérêt stratégique ni économique. Il ne s’agit pas d’une cause qui fait descendre les gens en masse dans la rue pour exiger de nos gouvernements une réponse à la question : « Pourquoi n’aidons-nous pas les millions de gens qui souffrent de la faim ? »

L’Eglise elle-même a manqué à son devoir de secouer la conscience mondiale à propos du blasphème de la faim, bien qu’il n’y ait pas de règle fondamentale interdisant au clergé de manifester sur les places de nos villes pour l’élimination de la misère. Quand des manifestants campaient devant la Cathédrale St Paul de Londres, de nombreuses banderoles posaient la question : «  Que ferait Jésus ? » On est en droit de se demander ce que répondrait l’Eglise si le Christ devait réapparaître aujourd’hui sous la forme d’un «  activiste divin » se rendant d’une manifestation de masse à l’autre pour défendre la liberté et la justice sur la Terre. Malheureusement, quand nous appelons activistes les rares personnes qui tentent de faire ce qui est bien pour le monde, nous sous-entendons qu’un activiste est quelqu’un de différent du citoyen ordinaire. Les médias et l’industrie de la publicité nous encouragent à utiliser ce type d’étiquette, ce qui nous permet de nous différencier socialement les uns des autres et de ne pas nous sentir concernés par la souffrance et  l’injustice immense qui accablent l’humanité. Ce sont ces mêmes divisions dans notre conscience qui nous permettent de dire : « La faim a toujours existé, et elle existera toujours ». Ou de hocher la tête en entendant les avertissements des écologistes puis de dire : «  Mais il est naïf de croire que nous pouvons changer le monde ». Dans ce sens, le terme activiste veut dire en réalité : « Celui que personne n’écoute. »

La compréhension de la justice exige aussi de la lucidité, en d’autres termes la capacité de voir les choses clairement, de penser par soi-même, et de n’avoir aucune croyance en une quelconque croyance. Maintenant que l’ordre ancien s’effondre et qu’aucun gouvernement ne sait que faire, nous ne pouvons plus montrer du doigt nos seuls politiciens. Notre doigt doit aussi nous désigner nous-mêmes.  Nous nous plaisons à dire : « C’est la faute du gouvernement », mais s’agit-il vraiment de notre gouvernement ou de notre propre inaction, de notre propre manque de préoccupation d’autrui, de notre propre complaisance ? Comme nous l’avons constaté au Moyen-Orient, quand deux millions de personnes se rassemblent dans la rue et lèvent pacifiquement le poing, alors le gouvernement n’a pas d’autre choix que d’écouter ou de quitter le pouvoir.

Redistribution d’urgence

Essayons de comprendre, dans les termes les plus simples, ce que cela signifie pour l’économiste et le politicien.  Maintenant qu’il saute aux yeux que nos systèmes économique, social et politique ont besoin d’être totalement restructurés, la vraie responsabilité de nos gouvernements est de les refonder de façon que personne ne meure de faim. En premier lieu, cela requiert une coopération internationale pour la mise en œuvre d’un programme de redistribution d’urgence tel que nous n’en avons jamais vu auparavant. Un tel programme ne peut être fondé sur la charité, qui n’a absolument rien à voir avec la justice. La charité est bien sûr honorable étant donné le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui et où des millions de gens souffrent de pauvreté, mais la nécessité de la charité en dit long sur la complaisance publique. Un programme d’urgence ne saurait reposer sur le préalable : « faisons de notre mieux pour nourrir ceux qui ont faim »,  mais doit bien plutôt être lancé sur la base du « plus jamais ça ».

Il y a abondance de nourriture et de ressources pour nourrir, vêtir, loger et soigner tous les habitants de la Terre : cela a été il y a longtemps institué comme un droit de l’homme par l’Article 25 de la Déclaration Universelle. Cet article doit prendre force de loi dans toutes les nations, car il est l’expression de la justice au sens le plus strict du terme. De même qu’il y a des lois à respecter pour un pays qui adhère à la Communauté Européenne, de même l’article des Nations Unies doit faire obligation aux états membres de garantir que personne ne meure de faim dans aucun pays. L’article 25 doit être traduit de façon à avoir force de loi, avec le soutien de l’opinion publique mondiale. La voix des peuples doit être entendue et représentée aux Nations Unies – dont c’est la raison d’être. Elle doit y être présente pour représenter le cœur et l’esprit des hommes. Cela prendra longtemps, c’est inévitable, et chaque nation doit continuer de vivre selon ses propres traditions. Mais dans un tout premier temps, les politiciens éclairés et la population doivent exprimer haut et fort leur exigence d’un programme de redistribution d’urgence qui doit être mis en œuvre sous l’égide des Nations Unies, et qui doit devenir la mission la plus importante que les Nations Unies aient jamais entreprise.

Les détails logistiques d’un tel programme constitueront un défi formidable que les gouvernements négocieront et planifieront, mais le mandat général devra être respecté. Les urgences humanitaires se multiplient et nous ne cessons d’entendre la  même rengaine, comme ç’a encore été le cas lors du tremblement de terre en Turquie et des inondations en Thaïlande : pas assez de ressources, pas assez d’assistance, pas assez de personnel pour tout le monde. Même dans le pays le plus riche disposant de l’armée la plus importante, les habitants de la Nouvelle-Orléans ont été abandonnés à eux-mêmes après l’ouragan Katrina et ont dû en appeler au monde en demandant : « Où est le Président Bush ? » Quand nous voulons défendre nos propres intérêts ou partir en guerre, tout se fait très vite  – nous avons tout l’équipement, toutes les armes, tous les effectifs, tout l’argent. Mais quand il est question de la souffrance des pauvres gens, l’argent se fait soudain inexistant. Telle est la tendance qui doit être inversée. C’est pourquoi la prévention du dénuement humain, quelles qu’en soient les causes –pauvreté, conflit ou catastrophe naturelle – doit être garantie par une autorité internationale. Envisagez-la comme un service d’urgence à l’échelle mondiale, financé par les contributions de toutes les nations. Elle ne doit même pas être considérée comme une opération « humanitaire », car ce mot a des connotations trop proches de la charité : des programmes de ce type doivent être intégrés dans nos institutions politiques et économiques nouvelle manière et être inscrits dans la loi internationale.

Rien de tout cela ne se réalisera sans une montée sans précédent du soutien populaire. Une solution aux problèmes du monde ne peut être apportée par aucun parti politique ni aucune idéologie, elle ne peut provenir que de la voix des peuples du monde, une voix libre, unie et unique. Les idéologies et les systèmes fondés sur des croyances n’ont plus aucun rôle à jouer dans les changements à venir. Une saine révolution commence en fait par l’acte de volonté qui consiste à se libérer de tous les « ismes » et idéologies qui ne cessent de peser sur le libre arbitre humain et nous empêchent de démontrer l’amour entre les hommes de toutes races et cultures. Cette liberté face aux croyances et aux idéologies donnera naturellement à nos esprits l’espace qui nous permettra de nous connaître nous-mêmes, ce qui nous donnera en retour la capacité, l’énergie et l’amour nécessaires pour nous identifier aux autres.

Le principe de partage

Mais il est vain de devenir anti-croyance ou anti-idéologie et par exemple d’entrer en guerre contre le capitalisme ; il est temps de mettre le capitalisme à sa juste place et de répartir les ressources mondiales là où elles sont le plus indispensables. Le capitalisme nous est venu très naturellement – il est naturel de dire « ceci est à moi, et cela est à toi », mais le temps est proche où nous devrons dire « partageons ce que nous avons ». Partager veut dire « être avec », car nous ne pouvons pas partager avec une autre personne sans reconnaître intérieurement que nous sommes ensemble, que nous sommes ici pour nous aider les uns les autres, c’est pourquoi le principe de partage permet d’unir et non de diviser.

La beauté du partage est qu’il n’appartient à aucun parti politique, à aucun « isme », mais aux habitants du monde. Il n’appartient pas au parti socialiste, ni au parti communiste, ni à qui que ce soit. Il est l’agent libérateur de la douloureuse histoire des idéologies et des croyances  qui ont causé tant de terribles conflits. Quand nous comprendrons que le principe de partage est fondamental pour notre survie mais tragiquement négligé à tous les niveaux de la société, nous reconnaîtrons que le partage est le guide le plus sûr vers la justice et la paix. Alors, chacun d’entre nous se connaîtra en tant qu’ambassadeur de l’humanité, car, au-dessus de toutes les nations, il y a le peuple uni du monde.

Qu’est-ce que cela veut dire pour les gens qui protestent à New York et dans toutes les autres villes ?  Le mouvement de protestation sait très bien que nous devons redistribuer les richesses, que nous devons empêcher l’argent d’arriver dans de mauvaises mains  – celles de l’industrie d’armement en particulier. La guerre, de quelque façon qu’on la considère, ne doit plus exister. Personne ne veut plus de guerre – et personne n’a plus les moyens de faire la guerre aujourd’hui. Les mouvements de protestation savent aussi très bien qu’il y a plus qu’assez d’argent pour tout le monde, mais qu’il est accaparé par des familles et des conglomérats puissants, voire même par les gouvernements qui le dépensent inconsidérément.  C’est pourquoi chaque nation doit redistribuer sa richesse et ses ressources entre ses propres citoyens.

Mais nous devons aussi répartir les ressources globalement, dans un premier temps en fonction de l’urgence, entre tous ceux qui n’ont même pas le strict minimum pour vivre, et ensuite en trouvant un accord économique international qui ne sera plus fondé sur la concurrence et le profit. Cela nécessite une pensée visionnaire et un nouveau type d’économiste, et il faudra des années pour restructurer nos systèmes de gouvernance internationale. Avec l’institution du partage des ressources mondiales, il faudra changer une multitude de lois en urgence ; tout devra être simplifié. C’est pourquoi nous ne devons pas perdre notre temps à écouter les économistes et les politiciens orthodoxes : leurs théories sont obsolètes et ne peuvent s’appliquer à l’ère nouvelle. Quand le principe de partage commencera à influencer les politiques gouvernementales, le système économique actuel disparaîtra naturellement. Les deux systèmes ne peuvent pas coexister, car l’un divise par sa complexité et l’autre unifie par sa simplicité.

Personne n’échappera aux changements qui se préparent, ne luttons donc pas contre le système, mais changeons-le ensemble. Cela nécessite de notre part la conviction que c’est chose faisable, qu’un monde meilleur est possible. Cela nécessite aussi de la lucidité, de l’unité, et de plus en plus de persévérance – surtout de la persévérance. Comme nous l’avons constaté, les gouvernements détestent d’instinct les soulèvements populaires, qui remettent tôt ou tard leur pouvoir en question, c’est pourquoi leur tactique est de recourir à la police pour décourager toutes les manifestations, même les plus pacifiques. Nous devons donc nous montrer tenaces et tenir bon, faute de quoi tout changement est impossible.

Nous sommes déjà en train de devenir une force puissante en nous structurant et en nous organisant pour parler d’une seule voix. Chaque manifestation de par le monde doit exprimer, avec la couleur qui est la sienne, son refus de continuer de vivre comme avant. Mais nous ne pouvons pas changer le monde si nous ne nous préoccupons pas d’abord des plus vulnérables, ce qui signifie que nous devons exiger de nos gouvernements qu’ils mettent immédiatement un terme à la faim partout dans le monde. Une vraie révolution sociale doit en son cœur être porteuse de morale, c’est pourquoi notre priorité première doit être de faire disparaître la menace pour la vie que constitue le dénuement. Pour y parvenir, il faut que chacun d’entre nous fasse entendre sa voix , réclame davantage de partage économique, et que nous ne cessions de repousser les limites de nos revendications jusqu’à ce que les gouvernements mettent en œuvre ce principe unificateur dans les affaires mondiales. C’est le moment – ça l’a toujours été.


Mohammed Mesbahi est le fondateur de STWR.

Cet article est une transcription d’une interview par Adam Parson, rédacteur en chef de STWR, qui peut être contacté à adam[at]stwr. org.

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